Dessins et textes libres...

C'est un gros caillou.
C'est un extrait de morène, brassé durant des siècles par les glaciers; c'est une grosse boule charriée, érodée, polie, roulée, brassée par les temps et les climats.
C'est, dominant la ville, sur la colline des canuts, une statue de pierre, commandeur sans jugement; c'est, pour l'enfant que je fus, une surface lisse, sans aspérités, sans prises, sur laquelle il est difficile de monter; c'est un éverest pour un enfant de cinq ans, un rocher d'escalade sans cordée, sans rappel; c'est un rocher que Sisyphe aurait réussi à maintenir au sommet; c'est le symbole de mon quartier, de celui qui domine la ville, qui rassemble les masses travailleuses comme on disait; c'est une cerise sur un gâteau; c'est un point d'orgue dans la symphonie lyonnaise;
Comme tous les hauts sommets, il faut pour le conquérir disposer de phases d'approche: ce sont les traboules qui serpentent à travers les immeubles, ce sont les escaliers qui s'insinuent entre les rues, ce sont (c'étaient) les bruits des métiers qui rythmaient la vie des canuts, ce sont les jardins suspendus au-dessus de la ville, ce sont le panorama qui petit à petit dégage la ville toute entière, son fleuve qui scintillle, ses toits rouges et ocres, et au loin les monts des Alpes, comme une invitation aux sommets.
Bien sûr j'exagère, ce n'est qu'une pierre extraite de la terre lors du creusement du tunnel; ce n'est qu'un point sur le i de la colline; ce n'est qu'une curiosité locale. Vous avez compris que j'aimais mon Gros Caillou, que je veux lui donner de la majuscule, qu'il a été mon compagnon, à deux pas de l'école élémentaire Vaucansson, qu'il fut un point de rendez-vous, une marque, un signe.
Je vous y donne rendez-vous, essayez de l'escalader, et dominez la ville!