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Dessins et textes libres...

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Le cairn de Barnenez, baie de Morlaix

La visite avait un prétexte futile: la création envisagée d'un golf autour de la presqu'île. Pour financer le golf, un ensemble immobilier de plusieurs centaines de maisons. Le maire marchait devant, avec quelques adjoints, et le président de la chambre de commerce, et quelques clampins comme moi. Il faisait beau, je me souviens, le ciel dégagé permettait de découvrir toute la baie de Morlaix, avec ses rochers jetés au milieu. Nous prîmes tous le chemin qui faisait le tour de la presqu'île, marchant à la queue leu leu. Un architecte de golf, venu de Paris, ou peut-être mieux , d'Angleterre, jaugeait la terre, les vallonnements, le vent. On voyait déjà dans ses yeux se dessiner les courbes tendues des fer 2, celles plus amples des bois, le repos trompeur des greens. Son oeil flirtait avec la côte, imaginant des bunkers dans les prés, et peut être même, comme je l'ai faire vu à Belle ile, un fairway passant au-dessus de la mer, avec les goélans entre. La mer était haute, je me souviens de cette impression de plénitude de la mer emplissant la baie, comme débordant de plaisir. La mer était calme, le ciel était pur, c'était la bonne saison, celle d'avant les vacances quand il fait déjà beau. La petite troupe poursuivit son chemin, longeant la mer, jusqu'à découvrir une surélévation sur la presqu'île.

Ce n'est qu'en s'approchant que l'on s'apercevait de la masse de pierre. Elle était comme enfoncée dans la terre, par son poids, par le temps. A peine distinguait-on une nuance de couleur entre les deux parties, l'une plus sombre, plus austère, plus inquiétante, et l'autre reconnaissant le soleil, l'acceptant, jouant presque avec. La troupe ralentit en approchant. Des trous sombres rythmaient l'amas de pierre. Des entrées, étroites et basses, peu engageantes. On s'y enfonce courbé, les yeux cherchant quelque repère dans l'obscurité, les mains s'écorchant aux pierres. Quinze mètres pour arriver à une chambre à peine plus large. Quinze chambres alignées ainsi, une première série datant de 4000 ans, l'autre deux mille ans après. On ne peut entrer dans toutes. De toute façon, on se lasse vite; la lumière à chaque sortie vous accroche, vous interroge: pourquoi entrez vous? à quoi cela sert-il? que cherchez-vous? la lumière vous retient, vous happez une grande bouchée d'air marin, il devient moins important d'entrer à nouveau dans les caveaux de pierre, le soleil vous garde, vous etes vivant, dans ce siècle, vous avez une voiture, vous etes venu pour, pourquoi déjà? ah oui, pour concevoir un golf qui tourne autour du cairn, avec des maisons autour qui bénéficient à la fois de la vue sur la baie et du golf, 18 trous, un club house, des amis, vous dégustez un citron pressé après le parcours, échangeant vos scores, vos handicaps.

La mer est belle, le ciel est clair, des hommes, il y a des milliers d'années, avaient le même ciel, la même mer, et ils entassaient des pierres pour ensevelir leurs ancêtres, en implorant quelque dieu obscur, quelle importance maintenant? le cairn occupe toute la place, il diffuse une sourde puissance, il est vide pourtant, il ne sert plus à rien, il a été pillé, vidé depuis des siècles; quand on lui tourne le dos, on croit le sentir, une vibration très lente, une onde venue de loin dans le temps, qui vous immobilise, vos yeux restent fixés sur la mer, vous êtes là, immobile, hagard, absent. Le golf s'est évaporé, les maisons avec la vue sur la baie ont disparu, monsieur le maire et monsieur le président sont partis aussi; quelle idée de vouloir faire quelque chose ici, le cairn est bien suffisant, même vide, et la côte alentour acquiesce.

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