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Dessins et textes libres...

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Le charme (discret) des bases sous-marines

Certaines villes ont un attrait subtil par les grands espaces que dessinent les installations portuaires, entre la ville et la mer. Grandes routes qui se perdent dans des zones de stockage, bâtiments aveugles aux numéros immenses, silos orgueilleux qui étendent leurs passerelles aériennes, chantiers maritimes aux coques abandonnées, empilements de containers où l'on peut deviner la provenance à défaut du contenu,  ponts métalliques, tournants ou pivotants, et les bassins sombres qui ont enfermé la mer pour mieux l'apprivoiser.

Les ports recèlent pour qui sait les arpenter des trésors inexploités, effectivement difficilement exploitables. Lorsque l'usage disparait, l'ouvrage subsiste, ne devant sa survie qu'au coût de sa démoilition, jusqu'à ce que un autre usage en rende la disparition économiquement possible. On ne détruit rien par plaisir, même les vestiges des périodes sombres. Il en va ainsi de hangars, de grues, de pontons, de balances pour les camions, de quais, d'installations miitaires.

Les bases sous-marines en sont certainement un magnifique exemple. Défiant à la fois l'espace et le temps, indestructibles, immenses coques sombres posées aux bords des bassins, elles présentent leur énigme vide qui inspire la crainte, leurs ouvertures sont si inquiétantes qu'on ne peut leur faire confiance, leur masse si imposante qu'on ne peut s'empêcher de les contourner.

Rien n'est plus faux : les bases sous-marines ont l'attendrissement des grands pachydermes qui s'étendent pour mourir: on ne les craint plus mais ils impressionnent toujours. Leur attente sera infinie, et pour occuper ce vide qui ne semble pas pouvoir être comblé, on leur octroye des occupations dérisoires: stockage de matériaux, abri pour les vedettes de la gendarmerie, ou contre la pluie pour les pêcheurs à la ligne, etc.

La première fréquentation d'une base sous marine fut celle de La Rochelle, dans l'attente du bac de la Pallice pour l'île de Ré. Les voitures avançaient lentement dans la chaleur de l'été. La file serpentait dans la zone portuaire, s'approchait de la base que l'on regardait à peine, pourquoi s'y intéresser quand on attendait de rejoindre les plages, même si sur celles-ci sont encore échoués les blockhaus qui ceinturent l'île. Les formes de radoub attiraient plus la curiosité, surtout si un bateau en faisait dépasser ses ponts supérieurs.

La seconde approche fut à Saint Nazaire, lors d'une visite sur la terrasse du sas de la base sous marine. Le panorama était formidable: d'un côté la ville, de l'autre le port et ses grands terre-pleins, ses bassins, ses hangars, ses bateaux. Nous étions là pour voir comment un sous marin désarmé, récupéré auprès de la marine, pouvait être placé dans ce sas et jouer les attractions touristiques. Ce petit bâtiment, un Espadon je crois, redonnait sa fonction à la base, mais domestiquée, apaisée. La terrasse recevait déjà plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Le sous-marin les redoubla. Plus tard, la lumière fut chargée de mettre en valeur les alvéoles de la base, les teintant d'évanescences bleues, rouges ou jaunes, lumières débordant des bassins, redonnant un relief aux masses de béton noirci aux coulures de rouille.

La troisième approche fut à Lorient, quand fut créé le port de plaisance face à la base sous marine, pontons dérisoires, petits bateaux blancs aux frêles mâts, que les bouches énormes et noires de la base semblaient pouvoir avaler en une bouchée, ou disperser d'un simple souffle.

Depuis, je fais, chaque fois que je me trouve dans l'un de ses ports, un détour pour aller contempler ces monstres échoués dont personne ne sait quoi faire. Ils resteront là longtemps, témoins inutiles d'une période sombre dont on voudrait effacer les stigmates.

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