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Dessins et textes libres...

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Gare de l’Est, le 1er novembre 2005, de 14h05 à 15h 45

 

Nous sortons du métro à 14h 05, soit avec une heure et quarante minutes d’avance sur le train de 15h45. Pourquoi sommes nous si en avance ? Nul ne le sait, si ce n’est une confusion inexplicable des horaires.

Nous nous asseyons à la terrasse de la Brasserie de l’Est, à l'angle du boulevard de Strasbourg et de la rue du 8 Mai 1945; nous sommes seuls dehors. Les tables sont rondes, avec un pied en fonte et un plateau en marbre, les chaises sont en bois avec un cannage. Au dessus de nous un store en toile rouge, avec le nom de la brasserie marqué sur la frange ; sur la façade, un bandeau « Service non-stop de 11h30 à 1h du matin ». Nous prenons deux cafés avec deux verres d’eau. Les cafés sont de marque Richard, le serveur n’oublie pas les verres d’eau. Je demande au serveur de bien vouloir rentrer le store, car nous aurions alors le soleil qui ne fait qu’effleurer les tables de marbre. Il refuse, prétextant ne pas avoir le temps.

La bouche de métro « Gare de l’Est » est devant nous. Sur le trottoir devant le plan du métro, deux scooters sont stationnés, l’un est un Zip de marque Piaggio, l’autre un Panthéon de chez Honda. Légèrement à droite se trouve l’arrêt du bus 47. Au-delà, c’est le macadam, puis la station des Noctiliens, les bus de nuit, puis de nouveau la macadam, puis le trottoir, de l’autre côté du boulevard. A côté de nous, sur la gauche, s’installe un jeune couple, puis, sur la droite, un couple âgé accompagné d’un jeune homme. Le jeune homme les quittera sans les embrasser tandis qu’on comprend que le couple âgé se rend à un hôtel tout proche. Une femme jeune s’assied après leur départ, déplace la chaise pour se mettre au soleil. Un jeune homme la rejoint avec un énorme sac, ce peut être son fils , mais ce n'est pas évident. Un homme au visage buriné vient jouer de l’accordéon, il joue mal et nous ne lui donnerons pas la pièce.

Sur la droite, la gare de l’Est est en travaux, entourée de palissades de chantier ; des bâtiments provisoires sont installés devant l’entrée, ils annoncent que « Nous préparons aujourd’hui l’arrivée du TGV en 2005 » . La façade de la gare est blanche, elle vient manifestement d’être refaite, la statue de Strasbourg trône au-dessus de la demi rosace de la façade, tandis que l'horloge est entourée des représentations de la Seine et du Rhin

Sur les marches de l’entrée de la gare sont assis des gens, en général jeunes, des étudiants pour la plupart ; ils sont au soleil, ils lisent, boivent, mangent, téléphonent, dorment, discutent ; ils sont calmes, ils semblent bien. Derrière, debout, des groupes, des blacks aux tenues soignées, la casquette est blanche, toujours sur le côté, quelquefois des lunettes de soleil posées dessus ; le mp3 est branché en permanence sur les oreilles ; les polos immenses arrivent presque jusqu’au genoux, au dessus des jeans flottants, délavés, recousus d’origine, qui descendent jusqu’à des baskets extravagantes, montées sur bulles d’air, les lacets défaits ; la démarche est lentement chaloupée, comme ralentie. Les filles sont moulées dans des tee-shirts trop courts, la taille est trop basse, les cheveux relevés sont teintés en couleurs vives.

Devant l’entrée je poste deux lettres de M. Puis nous rentrons dans le hall. Nous attendons au soleil qui pénètre à travers la rosace, presque juste au-dessous de l’immense tableau de 1926 d’Albert Herter qui représente le départ des soldats pour le front, en 1914. Le peintre a manifestement voulu montrer les derniers gestes, le dernier baiser, les dernières recommandations, les sanglots, tandis qu'au centre exulte un soldat, la fleur au fusil.

Dans le hall, les gens sont assis , leurs bagages sur le côté. Les kiosques ont des noms évocateurs: Pains à la ligne, Minut’bar, Ligne directe, Côté Café, Grignotin, sans compter le sempiternel relay H. La foule se fait plus dense, le train est maitenant annoncé mais le quai n’est pas indiqué, tout le monde attend debout, par contre un train supplémentaire est prévu, nous aurions pu prendre aussi un train plus tôt, pourquoi perdre plus d’une heure et demi dans une gare ?

Mais bientôt tout rentre dans l’ordre, le Corail Téoz n° 1007 est annoncé au quai n° 7, la locomotive est une BB 15001 à la livrée orange, violette et grise, dénommée Gretz Armainvilliers, le blason est reproduit sur la machine, un dragon vert surmonté d’une aile de chauve-souris blanche, les wagons sont décorés de motifs comme des sérigraphies, nous sommes dans la voiture 15, aux places 15 et 16.

Il est 15h45 et le train démarre.

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