Dessins et textes libres...

Le bois de Vincennes a quelques lacs, un zoo, un parc floral, un temple boudhique, un château, un hippodrome, et ... une piste pour les cyclistes.
Elle est située en plein coeur du bois, et pas si facile à trouver pour qui vient la première fois. Pourtant, elle est bien connue des passionnés de la petite reine, comme on disait dans les années cinquante. J'entame généralement la boucle en entrant par le carrefour de la Patte d'oie. C'est là que se regroupent tous les vieux routiers, ils sont là sur leur machine, s'interpellant, commentant les vélos, les maillots, les casquettes, le temps, la forme. Pour certains ils se connaissent depuis des années, se craignent ou se soutiennent, s'entraînent, s'entraident. Le grand rassemblement est évidemment le dimanche matin, c'est le moment où il faut se montrer, seulement il y a beaucoup de monde, des jeunes, des familles, des cylistes du dimanche, des paumés, des frimeurs, et tout ce monde tourne sur une boucle de 3,2 kilomètres.
Le circuit est un triangle très allongé dans le sens nord-sud, les cyclistes l'empruntent dans le sens des aiguilles d'une montre. En partant de la Patte d'oie, qui est au Sud, on prend tout de suite sur la droite en remontant vers le Nord. C'est une grande descente sur la route Dauphine, qui est très large, on peut prendre un bel élan avec un bon braquet, certains se lancent à fond pour prendre le maximum de vitesse, d'autres au contraire en profitent pour boire un coup sans s'arrêter de pédaler. Il peut y avoir plus de dix cyclistes de front, des fois il faut s'écarter sur la gauche pour les doubler. On dépasse vite l'avenue des Tribunes qui part à l'Est vers l'hippodrome; la piste qui est toute droite quitte la forêt, croise la route Saint Hubert, pour dévoiler sur la droite la plaine de la belle Etoile, avec ses terrains de jeux de foot, et les cris des équipes dans le lointain. La descente est douce et régulière, mais suffisante pour aller vite. Dans sa deuxième partie, après avoir croiser la route de Faluère, la piste se borde d'arbres, je ne pourrais pas dire lesquels, absorbé comme je suis par la descente qui se termine par un virage à droite assez serré qu'on prend vite, je mets un point d'honneur à ne pas freiner, mais je préfère le prendre seul que dans un peloton qui peut m'envelopper au dernier moment, ne me laissant pas le choix de ma trajectoire. Tout de suite après le virage, il faut reprendre l'effort, la descente est finie, mais l'on veut garder encore de la vitesse. Cette portion de piste, qui emprunte la route royale de Beauté, quel beau nom, est la plus courte; c'est une sorte de phase transitoire avant de reprendre la montée, on a juste le temps de reprendre son rythme. Une fois, le cycliste qui est devant mois vacille, puis tombe. Il venait d'avoir un malaise. J'attends un moment auprès de lui, lui prête mon portable pour appeler sa femme, il ne sait pas ce qui s'est passé, il a eu comme un évanouissement. Je l'accompagne à pied jusqu'au carrefour de la Pyramide, on peut arriver en voiture aussi à cet endroit. Je le laisse là, puisqu'il m'affirme que "ça ira", et reprend la ronde.
Le carrefour de la Pyramide est le deuxième endroit de rallyement. Il y a une fontaine pour se désaltérer, on peut se reposer sous les arbres avant de reprendre la piste qui maintenant se met à monter, oh! ce n'est pas un col, mais c'est plus qu'un faux plat. On emprunte la route de Bourbon, plus étroite à cet endroit pour permettre aux voitures d'accéder à l'autre côté, j'ai vu des embouteillages de vélos certains dimanche des week end de mai, où tous les cyclistes on repris l'entraînement. J'essaie dans ce début de montée de tenir mon rapport mais je dois vite changer de pignon, et quelques fois, après plusieurs tours de piste, changer de plateau. Les jambes tirent, les cyclistes me doublent par pelotons entiers dans un schuintement mécanique, je refuse de compter combien me doublent, moi-même j'en double très peu, un vieux manifestement mal entraîné, ou une dame avec un vélo pour aller faire le marché , un panier sur la roue avant, avec sa petite fille. La piste croise de nouveau la route Saint Hubert, et s'élargit considérablement. Sur la droite on retrouve les terrains de jeux, puis la forêt (ou du moins ce qu'il en reste après la tempête de 1999). Elle rejoint enfin le carrefour de la Patte d'oie, généralement on fait un dernier effort dans les dernières dizaines de mètres; puis on trouve de nouveau le virage en épingle à cheveu sur la droite et la descente de la route Dauphine.
Combien de tours faut il faire? Eh bien, ça dépend, de la forme, de l'orgueil aussi, des fois je me suis surpris à me décourager, car j'avais calculé que certains allaient plus de deux fois plus vite que moi. Ils me doublaient deux fois dans un tour! Evidemment, en les regardant, je trouvais qu'ils étaient quand même bien plus jeunes, certainement plus entraînés, et qu'ils avaient de superbes machines qui n'avaient rien à voir avec mon vélo acheté en promo! Je me faisais des bleus à l'amour propre, et me consolais en me disant que l'essentiel, c'est de participer...
Disons que dix tours, ça fait sérieux (mais personne ne vous oblige à compter) et puis après je suis vraiment fatigué, il est temps de rentrer, doucement, par les allées de la forêt, après m'être retourné sur ces fous sur de drôles de machines qui cherchent un peu à se faire du mal mais ils paraît que c'est pour leur bien...