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Dessins et textes libres...

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Le carnaval de Dunkerque, une fois.

On ne peut vivre quelque temps dans le Nord sans connaître les carnavals que chaque ville organise. Dunkerque est de ceux qu'il ne faut pas manquer; ce n'est pas en spectateur, mais en acteur qu'il mérite d'être vécu. J'avais dans notre petite société une équipe formidable, jeune, sympathique et compétente. Tous étaient de vrais chtimis aux noms italiens, espagnols ou polonais selon les époques qui les virent arriver dans le pays. L'idée de faire le carnaval de Dunkerque vint d'elle même, comme naturelle. Nous étions une bonne bande dans le travail, nous serions bien une bonne bande dans le carnaval; car la bande est la base sur laquelle se construit le carnaval. Tenue par les coudes, elle doit à la fois résister aux pressions de la foule et aux tentations des chapelles. Les femmes s'exclurent d'elles mêmes de la participation au carnaval, car elles estimèrent que la bande devait être essentiellement masculine pour pouvoir faire bonne figure. Je ne le pensais pas et tentais de faire venir toute l'équipe par un souci de cohésion, mais ce fut fait ainsi.

La préparation en fut minutieuse. L'équipement était évidemment essentiel. Nous commençâmes par les pieds, pour choisir des chaussures de sécurité que les ouvriers portent sur les chantiers. Elles sont indispensables pour ne pas se faire écraser les pieds dans les chahuts. Puis vint le choix du déguisement. Nous restâmes classiques : des tenues de clown, vastes et blanches, avec des gros pois de couleurs. Restait le maquillage, indispensable pour pouvoir disparaître dans l'anonymat: faces blanches, sourcils pointus, large bouche rouge. Enfin la coiffure: d'énormes perruques afro frisées fluo jaunes, rouges, vertes, bleues. Un goût certain. Nous étions prêts.

Le carnaval commence évidemment par un bon repas : bière, moules frites, poisson. Nous sommes déjà costumés, mais après le repas l’on se refait une beauté. Puis vient ce moment particulier où les carnavaleux cherchent dans la ville le début de la bande. Nous avons choisi de faire la bande de Malo des Bains,  car chaque quartier fait son carnaval à tour de rôle, semaine après semaine, c’est pour ça que le carnaval dure six semaines durant le carême. Le départ est volontairement incertain, les rumeurs courent (« ils sont déjà partis par là ? mais non ! ils sont sûrement sur la place !), les gens tentent l’oreille pour déceler la musique, certains courent pour vérifier si « ils » ne sont pas derrière le pâté de maisons, tout cela aiguise le désir de commmencer la fête. Et puis, brusquement, nous entendons les fifres et les tambours, nous apercevons la bande multicolore au longs parapluies, le cortège est déjà bien formé, nous constituons nous aussi la bande en nous tenant par les coudes ; les fifres entament les chants, l’air en est simple, les paroles limitées, il suffit de connaître les vingt mots les plus vulgaires de la langue française, je vous les épargnerai, c’est comme les chants carabins, on ne peut les apprécier que dans le contexte, mais c’est le carnaval, c’est la fête d’avant le départ des bateaux pour les campagnes de printemps, les marins seront absents plusieurs mois, ils viennent de toucher un acompte, ils ont aussi fait des économies pour le carnaval, aujourd’hui on ne se prive pas et tout est possible. L’anonymat donne la liberté la plus totale, on ne peut reconnaître personne, on peut dire du mal de tous, et puis ça fait du bien de chanter des chansons cochonnes à tue tête, maintenant nous sommes dans la foule, les chants se succèdent, on avance, puis l’on saute sur place, et bientôt vient la première compression, le principe en est simple, la bande qui commande le carnaval, là-bas tout devant s’arrête, se serre les coudes en se calant sur les pieds, et voilà plusieurs milliers de personnes qui s’accumulent et s’écrasent les unes sur les autres, la pression devient énorme, on étouffe vite, on ne peut déjà plus bouger tellement les rangs sont serrés, et pourtant il faut continuer à chanter, puis maintenant on saute tous ensemble, on a l’impression de décoller, je fais pourtant mes quatre-vingt kilos et plus et pourtant, oui, mesdames et messieurs, il m’est arrivé de rester suspendu à dix centimètre du sol pendant plusieurs minutes, voilà pourquoi les enfants et les femmes ne viennent que peu, ce n’est pas pour les paroles des chansons, mais pour les risques du carnaval, il y a chaque année des accidents, il y a bien dû avoir des morts, mais jamais la foule n’est mauvaise, au contraire une fois un jeune homme est tombé, immédiatement la foule a formé un cercle étroit pour qu’il puisse remonter, c’est vrai il serait possible de piétiner quelqu’un sans s’en apercevoir, mais le cortège reprend, la pression de détend, les fifres entament un nouvel air, les chants repartent de plus belle.

Il est temps de faire une première halte dans une chapelle, pour y boire une bière, il y a déjà beaucoup de monde, il faut encore jouer des coudes pour atteindre le bar, bien sûr les dunkerquois ont leurs chapelles privées, les familles font table ouverte, les gens se rendent visite toujours déguisés, et puis le défilé reprend, avec les chants, les fifres et les tambours, les heures passent sans que l’on sente la fatigue, la nuit tombe vite en février, la ville maintenant s’illumine, la foule se rassemble autour du kiosque pour le rigodon, la neige se met à tomber, elle brille dans les lumières et les projecteurs avant de fondre à quelques mètres du sol dans la vapeur dégagée par la foule, le spectacle devient féerique, les cuivres éclatent dans les nimbes de vapeur, de neige et de lumière, et puis soudain tout s’arrête, la foule étonnée, silencieuse, palpitante, met alors un genoux à terre et entame, a capella, la cantate à Jean Bart :

Jean Bart, salut ! salut à ta mémoire !
De tes exploits tu remplis l'univers ;
Ton seul aspect commandait la victoire,
Et, sans rival, tu régnas sur les mers :
Jusqu'au tombeau, France mère adorée !
Jaloux et fiers d'imiter sa valeur,
Nous défendrons ta bannière sacrée
Sur l'océan qui fût son champ d'honneur. (bis)

refrain :
Jean Bart ! Jean Bart ! La voix de la patrie,
Redit ta gloire et ton nom immortel,
Et la cité, qui te donna la vie,
Erigera ta statue en autel ! (bis)

(Paroles : Joseph Fontemoing, musique : David Riefenstahl)

Le recueillement est total et le contraste avec le débridé du défilé étonnant. La foule, devenue instantanément sérieuse et fervente, communie véritablement dans l’évocation du héros de la ville. Puis chacun se relève, on se reprend par les coudes, les bandes se reforment, et les chants de nouveau fond vibrer la ville.

On va faire ensuite un bon dîner, les restaurants sont pris d’assaut, il faut se refaire une santé avant le bal de la Violette, qui se tient au Kursaal, j’avais cru un moment que c’était un vrai bal, où l’on pourrait danser musette, point du tout, c’est le carnaval qui reprend, mais cette fois la bande tourne en rond dans l’immense salle du Kursaal, les fifres et les tambours reprennent les mêmes airs, on chante les mêmes chansons salaces, les parapluies s’agitent toujours aussi haut, et les compressions ont la même vigueur. Le bal durera tard dans la nuit, les maquillages, malgré les reprises, sont défaits, les perruques sont depuis longtemps bousculées, on a trop bu de bière, la nuit est froide, on ne sait plus très bien où est la voiture, on rentrera dans la nuit malgré l’alcool, le pays est plat et sombre, les villages sont endormis, les rues désertes, le lit bienvenu. Demain, les perruques et les têtes de clown seront oubliés, les chansons seront oubliées, mais il restera la magie du rigodon sous la neige, la vapeur de la sueur, les lumières et les cuivres et le recueillement de la cantate à Jean Bart.

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D
Bonjour,Un article ma foi bien écrit par la forme mais le fond est totalement dénué de sens.A dunkerque on ne chante pas des chansons avec "20 mots vulgaires", il faut connaitre toutes les chansons.Ensuite au carnaval vous avez remarqué (je l'espère) que ce ne sont pas les vrais carnavaleux qui sont déguisés en clowns mais belle et bien des touristes.Le dernier paragraphe sur le bal de la Violette est tout à fait scandaleux. C'est pour cela que les touristes ne sont plus acceptés dans la bande : ils n'y connaissent rien.Néanmoins, votre article est trés bien écrit et votre talent d'écrivain n'est en aucun cas à revoir.Cordialement
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