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Dessins et textes libres...

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Les Bravades de Saint Tropez

Le village est étrangement calme. Les yachts qui encombrent le port tentent eux-mêmes de se faire plus discrets; les stars restent dans leurs villas, les touristes ne sont pas souhaités. Car durant trois jours, Saint Tropez va renouer avec son histoire. Bruyamment, certes, mais à sa façon. Nous sommes là, pas tout à fait en touristes justement, car B. est natif de Saint Tropez; il fut enfant dans la grande maison de directeur de l'usine de fabrication de torpilles; il a grandi en sauvageon dans le parc de plusieurs hectares qui domine la mer (la légende familiale raconte qu'il se cachait dans les arbres quand il ne voulait pas saluer un visiteur); il vécut dans cette maison et dans ce parc jusqu'à l'âge d'entrer à l'école, à sept ans. Nous sommes ensemble allés voir l'entrée majestueuse, la maison immense cachée par les arbres, le site étonnant. B. n'est pas revenu à Saint Tropez depuis de nombreuses années, depuis qu'il a décidé, dans les années 50, qu'il ne retrouvait plus son Saint Tropez déjà envahi par la vague des estivants. Mais nous sommes justement revenus aujourd'hui retrouver le vrai Saint Tropez, celui qui depuis 450 ans s'est défendu contre toutes les attaques et qui fête ses Bravades!

Place de la mairie, envahie de soldats aux bicornes et costumes colorés. A la main, le tromblon, ce fusil court au canon évasé qui vous balance une mitraille meurtrière. Il ne sera chargé que de poudre, mais jusqu'à la gueule, nom de Dieu, tirée en rafale il vous fera un bruit d'enfer! Les longs fusils à baïonnette sont aussi de la partie. Sur le perron de la mairie, les autorités reçoivent les hommages des corporations, lourds drapeaux faisant la référence, puis une salve, l'hommage aux autorités civiles, et une salve, l'hommage aux autorités religieuses, et une salve, l'hommage aux autorités militaires, et encore une salve! Le maire en titre remet pour les trois jours au Capitaine des Bravadeurs la pique symbolique du pouvoir. Les saluts s'enchaînent, le cérémonial est interminable, et les salves insoutenables. Nous sommes allés immédiatement acheter des boules Quiès, mais M., plus sensible, gardera des séquelles de ce tumulte.

Une fois cette cérémonie terminée, le cortège se met en branle à travers la ville. Il ira de statue en maison, de lieu de gloire en plaque commémorative, rendre hommage aux grands de la ville, historiques ou encore vivants : Suffren en est le plus illustre. Et à chaque halte, les drapeaux saluent, et les salves crépitent. Les valeureuses milices tropéziennes héroïques contre les Maures valent bien ça !Plusieurs tonnes de poudre partiront ainsi en fumée durant les trois jours...

L'histoire de Saint Tropez est belle: en l'an 68 de notre ère, le Chevalier Torpes, intendant de la maison de Néron, fut converti par Saint-Paul dont il assurait la garde.Il proclama ouvertement sa foi chrétienne lors des fêtes de Diane à Pise. L'empereur le fit torturer et décapiter. Son corps fus mis sur une barque avec un coq et un chien et lancé sur l'Arno, les courants ligures portèrent l'embarcation vers le rivage de Saint-Tropez dont il devint le Saint-patron. On peut imaginer, à l'instar de Moïse, cette errance du saint laissé aux soins de la providence, sa longue dérive après la descente de l'Arno, le débouché sur la mer, les mille possibilités de destination au gré des vents et des courants, la surprise des pècheurs qui trouvèrent la barque (la légende ne dit pas si le coq et le chien étaient encore vivants) et l'adoration à ce saint venu de la mer. L'histoire se prolonge, je crois, quand une délégation de tropéziens se rend à Pise pour demander à Néron de pouvoir rapporter la tête qui n'avait pas été placée dans la barque...

La procession qui précède la messe rappelle cet épisode, les porteurs de la barque sur laquelle est placée l'effigie du saint sont des marins d'aujourd'hui, qui vénèrent le saint avec la même ferveur. La messe est haute en couleur, les soldats ont l'autorisation de rentrer dans l'église, le public est habillé des costumes traditionnels, la musique des fifres et des tambours résonne sous les voûtes, et la sortie se fait en plein soleil qui éclate sur les pierres des maisons. Après le repas, la bravade reprendra, on pourra entendre durant de longues heures encore les fifres et les salves de mousquets aux quatre coins de la ville. Mais nous serons partis, saoulés de bruit, de couleur et de soleil, nous aurons évoqué une fois encore la grande maison dans le parc sur la baie, et les torpilles de Saint Tropez.

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