Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Dessins et textes libres...

Publicité

Ronchamp, ou l'extase de Le Corbusier

La chapelle de Ronchamp est une extase d'architecte.

Elle semble se dérouler comme une feuille. Elle vient se poser comme une incantation sur la colline. Elle fixe le paysage dans sa propre contemplation. Elle prend ses distances avec ses cloches, exposées comme on tend du linge. Elle est l'humilité montée sur de grands chevaux. Elle manie l'aigu et la courbe. Elle ne s'offre pas, elle s'impose. Elle n'incite pas à la prière, elle appelle le commentaire.

Peut être faudrait monter à pied du village; la voiture, en prenant l'assaut de la colline, vous colle trop vite sur cet objet fermé, fier, talentueux. L'approche est touristique: on achète un ticket, on peut prendre un café ou un chocolat, ou acheter l'un des innombrables livres sur Le Corbusier, qui semble aujourd'hui encore inépuisable. On vous explique les secrets du modulor, on se demande où est Chandigarh, ou bien pourquoi ce pseudo de Le Corbusier, Corbu pour les initiés.

Tourner plusieurs fois autour de la chapelle avant d'entrer: petit à petit elle s'apprivoise, elle semble diminuer un peu de taille, elle apparait multiple, diverse, mouvante. Monter sur le monticule qui permet de la dominer, de relativiser la colline, de l'inscrire dans le paysage. Elle devient sculpture qui tourne sur son socle pour mieux en voir les proportions. Un visiteur apparaît au balcon, en général étend les bras pour simuler un prêche; puis la silhouette disparaît dans l'ombre. Il invite à entrer.

Le seuil franchi, la lumière se mue. Elle se fragmente, s'irise, se colore; elle semble vouloir percer les murs de béton, elle cherche chaque interstice, elle s'immisce, elle investit la chapelle par faisceaux, chaque fois différents, de lumière, de forme, d'intensité. L'intérieur se fait théâtre: la lumière est douche, spot, rampe. Elle pénètre avec force pour ensuite glisser sur les parois de béton, et se diffuser, se faire douceur, intimité, recueillement.

La chapelle s'inscrit alors dans l'histoire, prolonge les églises romanes, rappelle les chapelles gothiques. Elle est modernité. Le retour à la lumière du jour provoque un léger tanguage, comme losque l'on remet le pied sur la terre ferme après un voyage en bateau. La chapelle est devenue plus familière.

 Evitons qu'elle ne soit que touristique. Mais déjà on a rejoint la voiture, on ouvre la carte: on va où, maintenant?

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article