Dans le métro bringuebalant de la ligne 4 vers la Porte d’Orléans Mes pensées s’entrechoquaient comme des ballots mal arrimés aux cales des navires oubliés cailloux rebattus par le ressac sur les grèves de la nuit Comme les têtes dodelinantes des passagers pipes de foire attendant le coup de fusil marionnettes chancelantes sous les tempêtes du monde Comme mes pensées d’insomnies bulles de laves déboulant des cratères de la peur spasmes neuroniques crachats figés sur les vitres glacées Ou bien ces caillots collés sous la boite crânienne Secs durs nuisibles Je secouais la tête moi aussi pour tenter de fixer le tremblement souterrain du wagon de cette mine en furie retrouver l’air du plongeur en apnée sous les vagues apaiser les nerfs frottés de tant de promiscuité Curieusement la fin du cauchemar vint de quelques mots écrits à la main au-dessus de la banquette, près de la porte qui communique entre les voitures Des mots écrits au feutre par un passager ou par une Ratp friande de poésie soucieuse de la santé mentale de la population cosmopolite fréquentant son réseau Une phrase incongrue dans la cohue indifférente du métro une phase qui épura mes miasmes nocturnes stoppa les branlements de mes pensées Et doucement me ramena au monde :
La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil (R. Char).