Dessins et textes libres...

(N.D.de la Dalbade, Toulouse)
L'appartement est au troisième étage. Ce sont des étages hauts, aux plafonds élevés (le déménageur fera sa blague habituelle en montant le piano: "Vous n'auriez pas pu jouer de l'harmonica?"). Le salon a une double orientation, avec un balcon d'angle, un gros balcon de pierre aux lourdes colonnes, il est là pour marquer le coin, pour montrer que l'on est à l'étage noble, il essaie de se dégager des deux rues étroites qui l'enserrent, de se montrer à hauteur de toit, presque de vouloir dire qu'il pourrait dominer la ville.
Le soleil entre le matin sur la gauche, tourne au-dessus des toits, est à midi au droit du balcon, puis redescend sur l'autre versant. L'été tout est fermé tant la chaleur est intense, le soleil déjà haut quand il pénètre dans la pièce, les briques de la ville déjà brûlantes. Les mi-saison sont des merveilles, le soleil se glisse comme pour dire qu'il vient dire bonjour, la grande pièce reste illuminée la journée entière et le soir est une douceur chaude et rouge.
Je reste là des heures, sur une banquette, à lire, à somnoler, à rêver, à observer les ombres tourner dans la pièce.
Le soir est un enchantement. Les toits de la ville rose s'assombrissent. Les cheminées de la ville découpent le ciel comme pour en arracher des lambeaux. Le crépuscule un moment s'équilibre avec les lumières qui apparaissent. Un chat marche silencieusement sur la gouttière d'en face, tout près devant la fenêtre ouverte pour accuellir les premiers courants frais. Et quand la nuit cette fois prend véritablement possession de la ville, quand le ciel n'est plus qu'une lave bleue sombre, quand il faut allumer la lampe pour lire si l'on ne veut pas que l'épaisseur de la nuit envahisse aussi l'appartement, alors se produit une merveilleuse apparition. Insensiblement la grande rosace de la Dalbade s'éclaire. Les premières couleurs pâles s'affirment peu à peu pour éclater enfin, pour émerger de l'église comme pour s'échapper, pour se disperser dans la ville, pour l'illuminer, pour l'incendier. La rosace annule toutes les autres lumières, lampadaires falots, fenêtres hésitantes, phares tournoyants; et les étoiles se rétractent dans l'épaisseur de la nuit. Elle occupe maintenant le centre de l'appartement, s'encadre dans la fenêtre du balcon d'angle, inonde le sol de ses couleurs. Le premier réflexe est de fermer les lumières, d'abandonner l'appartement tout entier à l'enchantement de la rosace, de la Dalbade.
La nuit se suffit maintenant dans cette contemplation, il faudra tenir les heures avant que la lune passe derrière les toits, que le jour ne pointe, que la rosace pâlisse à son tour, puis s'éteigne sous un nouveau soleil.
Et qu'on entre dans une nouvelle attente du soir et de son illumination.