Dessins et textes libres...
11 heures.
La rue de la Palestine monte vers le jardin du Thabor entre des maisons propettes. Une entrée étroite donne directement sur la roseraie, aux allures médiévales et appliquées. Le chemin monte encore jusqu'à l'Enfer, une aire inclinée inserrée dans les grands arbres. Juste à côté, comme pour en réduire l'effet , le Carré Duguesclin (il dut bien rompre quelques lances ici aussi, comme sur la place des Lices) s'étale en plein soleil; les arbres qui l'entourent ont été décapités par la tempête de 1987. Le carré est immobile, désert, inutile. Les platanes qui étaient restés debout ont pris la maladie et ont dû être abattus. La ville doit replanter les arbres. Sur le chemin nous rencontrons Geneviève, une ancienne collègue de lycée de ma femme. Elle est pressée et promet de la voir plus tard. A la sortie du Thabor, on traverse l'école. Une rangée d'arbres nous a servi pour faire l'empreinte des écorces pour réaliser une affiche. Ma fille et moi courrions d'un arbre l'autre pour rechercher la meilleure écorce. On enroulait la feuille autour de l'arbre puis la frottait avec une mine de plomb. Le résultat fut probant, un tronc d'arbre d'où sortait une jeune feuille, le tout symbolisant le renouveau du printemps. Chaque samedi je menais ma fille à l'école, puis j'allais à l'atelier installé dans une ancienne chapelle tirer quelques gravures, ou dessiner des nus sur modèles. J'y rentre. Un groupe est rassemblé autour d'un modèle que je vois de dos. L'atelier n'a presque pas changé depuis quinze ans. Guy B. est là, peut être un peu plus chauve. Il me reconnait. Nous parlons quelques instants de l'atelier d'antan. Je prends une photo de lui, mais sans vraiment m'appliquer. Dehors l'air de septembre est doux, la vieille ville est proche.

Midi.
La rue Saint Melaine ravive la souvenir de la Bolée, crêperie "culte" de notre famillle à Rennes. Le patron est toujours là, et reconnaît Martine. L'arrivée sur la place Hoche est décevante, les arbres abattus par la réalisation d'un parking laissent la place vide, dure malgré les efforts de traitements des issues du métro. Notre pélerinage nous conduit évidemment devant l'immeuble de la rue de Robien, un des plus beaux immeubles de Rennes dans le style post-hausmannien, un peu chargé. L'appartement du rez-de-chaussée que nous occupions est transformé en cabinet médical.
Notre promenade se poursuit en direction du centre ville, s'infléchit pour rejoindre la place des Lices, là même, donc, où Duglescin, à dix huit ans, rompait déjà des lances. L'animation est toujours aussi vive, entre les étals et les tables des cafés envahissant la chaussée. Je salue Monsieur B., le député, président de la commission de la défense à l'Assemblée, qui ne me reconnait pas. Une main me tapote l'épaule. C'est un ancien collaborateur, Yann L., breton bretonnisant (il écrivait ses rapports en breton), qui a monté sa société de conseil en finances locales. On m'appelle au téléphone pour me donner des nouvelles de la visite du préfet au Neuhof, à Strasbourg. Tout cela me semble loin, absorbé comme je suis à retrouver mes sensations de Rennes. Nous restons longtemps sur le parapet qui domine la place. Le magasin où nous avions acheté le vase de Bégou n'est plus là. Sur la droite sélèvent toujours les hauts immeubles à colombages, où habitait, Mériadec de R.-C., que Martine a fait jouer Malvolio dans la Nuit des Rois.
Midi et quart.
Le retour passe par le Parlement de Bretagne, impeccablement neuf, aux ors rutilants, après la nuit sauvage où la violence des uns et l'irresponsabilité des autres a conduit au saccage d'un joyau. Il paraît maintenant trop neuf. Nous ne pouvons pas entrer. Après avoir pris la rue Saint George aux vieilles maisons à colombages, et un coup d'oeil à la piscine art déco, le Thabor nous conduit de nouveau vers la rue de la Palestine.
Midi et demi
Cette promenade fut comme une plongée dans le passé, une grande respiration, une bouffée d'embruns venue du large.
Kenavo.