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Dessins et textes libres...

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Valmy le moulin

Sur l'autoroute A4, en venant de l'Est, un premier panneau annonce d'abord la forêt d'Argonne, au nom de guerre, d'hommes enfouis dans des tranchées, d'ennemis invisibles et si proches, de ciel illuminé d'obus. Puis l'autoroute taillade la forêt que l'on voudrait plus sombre, plus mystérieuse aussi, et réapparaît sur le plateau lumineux. Un autre panneau annonce cette fois Varennes en Argonne, la fin de la royauté ramenée penaude à Paris. Enfin est annoncée l'aire de Valmy le moulin.

C'est là qu'il faut s'arrêter, sortir de l'enceinte de l'autoroute, monter à pied sur la colline aujourd'hui occupée par la statue de Kellermann, le général qui sauva la république devant les forces de l'Europe monarchique. Puis le moulin apparaît. Neuf aujourd'hui, relevé de la tempête du 26 décembre 1999. Le moulin se dresse comme autrefois, avant le "grand vent", mais plus clair, plus lisse, plus fier peut être. Le vent le faisait tourner, le vent le fit tomber. Nous le vîmes effondré, tas de poutres et de rouages entremêlés, décombres entassés sur le haut de la colline, à peine protégés par une méchante barrière mobile, pathétique comme un jouet cassé, désincarné de son histoire, la Grande, celle qui la prit un jour de juin 1792, sans qu'il y prit garde, comme ces gens ordinaires qui sont désignés par le sort pour assister à des moments où l'avenir d'une nation bascule, mais qui ne s'en rendent pas compte, et qui sont étonnés d'être des héros malgré eux, qui s'y font très vite pourtant et que les manuels fixent à jamais dans une posture immuable, image d'Epinal répétée à l'infini. J'ai toujours gardé en mémoire le tableau de Horace Vernet qui devait se trouver dans mon livre d'histoire, le moulin était sur la gauche, impassible, tandis qu'entre les armées la flamme du canon rougeoyait dans un nuage de poudre. Au premier plan, quelques morts, un cheval allongé, et sur le coteau, les hommes alignés pour la boucherie, le fusil à la main. Le général Kellermann a rassemblé ses canons sur le sommet de la colline, les armées alliées sont étonnées de rencontrer de la résistance de la part d'une armée de sans culottes; on a dit que la bataille n'avait pas été si terrible que ça, qu'il n'y eut que cinq cent morts, je pense que si, qu'on ne sauve pas la révolution par une escarmouche, que ce fut terrible, cette cannonade, et que les prussiens et autrichiens réunis en furent si ébahis qu'ils reculèrent et quittèrent bientôt le territoire.

Il reste aujourd'hui un moulin neuf, avec auprès de lui un vestige du moulin historique, un axe et des roues, la partie centrale du moulin, la partie active de production, celle qui transformait la force du vent en force broyante du blé, la partie laborieuse. L'axe gît sur le côté, inutile comme un squelette disloqué. Les blés tout autour ondulent sous la brise, le ciel charrie les promesses d'orage, les voitures filent sur l'autoroute en bas, le moulin neuf ne bouge pas, le moulin est né à nouveau immobile, peut être l'a-t-on fait fonctionner pour l'inauguration, pour montrer que le charpentier a bien travaillé. Qu'importe, le moulin n'est plus un moulin, il est un symbole. il a la fierté des jours désignés par l'histoire.

Allez à l'Est, et voyez Valmy.

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