Dessins et textes libres...

La question est d'importance, puisqu'il s'agit tout simplement de devenir immortel. La première condition est d'avoir quelque talent, la seconde est qu'il soit reconnu. Une fois ceci acquis, le reste vient assez naturellement.
Pour entrer à l'Académie, donc, le plus simple est de prendre le métro, ou un taxi.
C'est ce que nous fîmes le 14 décembre dernier. Nous nous arrêtâmes à la station Odéon, puis prîmes la rue Mazarine, traversâmes le carrefour de Buci pour arriver sur l'arrière de l'Institut. Dans l'approche nous pûmes deviner parmi les passants de ce jour de décembre un peu froid et pluvieux, ceux qui comme nous étaient inéxorablement attirés par ce bâtiment dont la cour extérieure ne semble faite que pour mettre en valeur la fameuse coupole. Nous consacrâmes les quelques moments d'avance dont nous disposions exceptionnellement pour revoir l'Hôtel de Salm, bâtiment le plus admiré à Paris par Jefferson quand il était ambassadeur en France des Etats Unis naissants;Jefferson, semble-t-il, pouvait rester des heures à le contempler. Nous fîmes quelques pas sur la passerelle des Arts pour admirer une des meilleures vues sur Paris.
Mais la curiosité l'emporte rapidement, les personnes affluent maintenant en nombre et se pressent pour montrer le beau carton d'invitation, avec en filigrane la tête de la déesse Athéna. Les huissiers prennent délicatement le carton dans leurs gants blancs pour le vérifier. L'importance du lieu et de la cérémonie qui va avoir lieu nécessite, dans ces temps troublés qui sont les nôtres, de passer sous un portique gardés par des vigiles impressionnants, avec, pour les dames, une fouille, discrète il est vrai, des sacs. L'étape suivante est l'attente devant le vestiaire, où la politesse de chacun fait oeuvre de patience.
Contrôlés, allégés, ce n'est pas sans une certaine émotion que nous pénétrons dans l'enceinte. Deux autres huissiers nous guident vers nos fauteuils: nous faisons quelques pas enfin sous cette fameuse coupole qui fit rêver tant de personnalités, d'écrivains, de peintres, de compositeurs, d'artistes. La coupole est simple et semble petite, les murs sobres sont rehaussés de quelques tapisseries, le hall de quelques statues. Les fauteuils des académiciens sont en verts, et pour le moment vides. Les gens se saluent, s'embrassent, l'ambiance est bon enfant.
"À 15 heures très précises ", indiquait le carton. À 15 heures très précises la voûte résonne des roulements de tambours de deux gardes républicains en habits d'apparat. Puis viennent les académiciens en habit vert, le Président en tête, suivis des académiciens qui n'ont pas cru bon de revêtir leur habit. Le silence se fait dans la salle. Le président annonce l'objet de cette réunion, l'introduction d'Edith Canat de Chizy à l'Académie des Beaux-Arts. Elle arbore un très bel habit, plus sobre mais évidemment plus féminin que ceux des hommes. Le col ouvert est orné de broderies, ainsi que les poches et une martingale dans le dos.
La parole est à Jean-François Mâche, compositeur, qui fait l'éloge d'Edith, retraçant son enfance, sa découverte de la musique, de la peinture, de la poésie, de la philosophie; sa rencontre déterminante avec Maurice Ohana; son travail de pédagogue et de directrice de conservatoire; ses compositions; son amour du violon et des cordes, de la voix aussi; sa musique chatoyante et vivante enfin. C'est à Edith Canat de Chizy qui revient de faire l'éloge de son prédécesseur au fauteuil d'académicien, Daniel Lesur, qui d'ailleurs eut Ohana parmi ses élèves. La filiation est ainsi assurée. Après les applaudissements, le président propose d'écouter un extrait de musique de Lesur , puis clot sobrement la séance.
La suite sera congratulations, embrassades, sourires. Jean-François Mâche montre et fait écouter à qui veut son épée lumineuse et sonore; nous trouvons que pour la plupart ces académiciens ont de bien belles têtes. Edith est la seule femme, et la plus jeune ! Une autre cérémonie, dans un salon proche de la coupole verra aussi quelques discours et la remise à Edith de la broche d'académicien, représentant des violons avec au dos les premières mesures de son concerto pour alto. Champagne et petits fours...
Mais déjà nous sortons, retrouvons l'air de Paris, pour aller quelque peu plus loin, sur le quai, à une autre manifestation sur la parution du livre sur Jean-Paul Baeitto. Nous arrivons en retard, mais avant que Pierre Maurois n'achève son intervention...
Paris, dit-on, est une fête....