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Dessins et textes libres...

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Houellebecq, professeur de désespoir, v/s Nancy Huston

 

Voilà, c'est fait ! J'ai lu (parcouru) le dernier Houellebecq ! Qu'en dire? Doit on porter un jugement à l'aune de son battage médiatique? Le héros est minable (il y en a d'autres dans la littérature, à commencer par le Frédéric de l'Education sentimentale de Flaubert), l'histoire indigente (mais sur les 650 romans de la rentrée, combien tiennent la route?), la perspective de la vie éternelle misérable (ah! la lourdeur des commentaires de Daniel23 sur Daniel1!). Houllebecq est triste, Houllebecq est bas, Houellebecq est creux.

Est-ce pour cela qu'il représente si bien la société actuelle? Son héros, Daniel1, le dit lui même (page 214): "Je lui expliquai en vidant rapidement ma tequila glacée que l'ensemble de ma carrière je l'avais bâti sur l'exploitation commerciale des mauvais instincts, sur cette attirance absurde de l'Occident pour le cynisme et pour le mal, ...". Houllebecq se voudrait Balzac, mais un Balzac désabusé. Daniel1 est "comparé aux moralistes français, parfois à Lichtenberg"(qui connaît Lichtenberg, 1742-1799), mais pas aux comiques comme Molière, car "on finit toujours par se heurter à la même difficulté, c'est que la vie n'est pas comique" (page 387).

Mais pire encore : le coeur de ce désespoir est le refus de la paternité, allié à celui de l'âge, et seuls le chien Fox et le clonage semblent représenter des solutions. C'est là que Houllebecq pioche dans ce que l'homme a de médiocre: limiter la vie à sa petite personne, et ne pas vieillir. Sa réponse élohimite est évidemment absurde même si elle peut paraître prophétique. Je pense que Houllebecq veut faire de la société fiction, mais dans un spectre réducteur.

Nancy Huston a fait le recensement de ces individus dans un livre épatant, Professeurs de désespoir. De Schopenhauer à Houellebecq, en passant par Thomas Bernhard, Cioran, Elfriede Jelinek, Milan Kundera et Beckett (qui est le seul qui résiste un peu à ses critiques), et jusqu'à Christine Angot et Linda Lê, elle accuse ces nihilistes, ces néantistes, de réduire la vie à leur seule personne, à leur refus de la paternité (pourtant Houellebecq est père d'un garçon), à leur égoïsme forcené, et leur flatterie des aspects les plus médiocres de l'homme. Nancy Huston nous donne l'envie d'aimer la vie que Houllebecq et consorts ont failli nous enlever.

Le chapitre sur Houellebecq s'intitule L'extase du dégoût (page 279). Nancy Huston montre son "refus radical du monde tel qu'il est", cette transformation du dégoût de la vie en hostilité agissante, et cette utopie irresponsable, qui va du clonage à l'évocation d'un amour idéal, tout en ayant une attitude méprisante pour les femmes qualifiées d'une série de noms peu reluisants.

Houellebecq est particulièrement intelligent puisqu'il arrive à faire croire au lecteur qu'il est lui aussi intelligent, supérieur, voire révolutionnaire moyennement quoi il peut se laisser choquer et exciter par les passages violents de provocation pure, comme un enfant de quatre ans par l'usage des gros mots (page 300).

Lisez Professeurs de désespoirs, de Nancy Huston, aux éditions Actes Sud.

Et lisez (relisez) Balzac, auteur prométhéen si l'en fut.

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